Témoignage : Ayahuasca, breuvage de liane sous surveillance de chamanes en Inde

© Ayahuasca.com

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Voici le témoignage de Matt, le jour d’après … mot pour mot, sans mise en forme ni correction stylistique.


« Le lieu était très moderne, en plein milieu de nulle part. J’étais très surpris, deux nanas étaient allongées gentiment à rien foutre dans un canapé, elles m’accueillent. Elles portaient des habits péruviens, un peu Amérique du Sud, avec une plume dans la tête. Et je leur demande « c’est bien là ? », elles me disent « oui, oui », je ne m’attendais pas à ça. Elles me dirigent alors vers l’extérieur où il y avait 25 personnes au moins avec deux chamanes principaux. Les chamanes sont des médecins/prêtres spirituels du Nord de l’Amazonie. C’est la première fois qu’ils venaient en Inde. Il y avait un grand mec qui préparait un feu, tout le monde était assis en carré, il y avait des chaises et pour nous c’était par terre avec des tapis de yoga et coussins. La cérémonie a commencé à 22h. Sur les 25 personnes, seulement trois (dont moi) le faisaient pour la première fois. Les mecs viennent du Brésil et ils tournent en Europe, en Inde et les deux chamanes ne parlent que brésilien et un apprenti chamane faisait la traduction. Ce sont les vrais chamanes que tu vois parler à la TV (comme l’interview avec Sting).

J’attendais 22h que les choses commencent – la cérémonie dure 8 ou 9h, donc on pouvait s’allonger. La population est un peu de tous les âges mais c’est très « flower people ». Une rangée de gens assis sur des chaises se présentent, les assistants, du moins expérimenté au plus expérimenté, dont le chamane. L’endroit est vraiment idyllique, c’est un endroit privé, pas une guest house.

Les chamanes ont expliqué comment la cérémonie allait se dérouler. Il y a donc 3 prises d’Ayahuasca, donc en gros il faut lui dire quand c’est ta première fois – c’est espacé de je ne sais pas combien de temps. Pour nous mettre en condition, il y a des chants toute la soirée. Les chamanes et les participants chantent. Des chansons en hébreu, en espagnol, des prières pures ou à la guitare, on avait une approche très libérale, tu pouvais te lever ou rester assis mais on nous demandait de ne pas nous éloigner de la zone car ils veulent garder un œil sur toi sauf pour aller aux toilettes. Boire un verre d’eau peut changer l’expérience donc je n’ai pas bu du tout. La première chose qu’ils m’ont proposé : ils t’envoient une poudre dans le nez, avec une tige courbée contenant du tabac séché mélangé à 2 poudres. Tu respires et tu as la poudre qui te monte dans le nez jusqu’au cerveau, il faut pas l’avaler mais cracher tous les excès et chacun a son petit seau devant lui. Tu bois aussi l’ayahuasca. Ça prend 40 minutes à faire effet donc tout le monde attend. Les prières ont lieu. Moi j’attendais l’effet mais je ne sentais rien venir – après j’ai eu des gouttes sur mes lunettes et j’ai cru avoir des hallucinations. Après je ne me rappelle pas vraiment comment ça s’est passé mais il est vrai que j’ai commencé à me sentir dans un état second, en fermant les yeux il y avait des formes lointaines. Il parait que la première expérience est plus une purge que la deuxième fois où tu rentres complètement dans le truc.
Je m’amusais à ouvrir et fermer les yeux, beaucoup de pensées, ma façon d’être, des couleurs, tu penses à ton entourage et c’est un peu comme une matrice où tu connectes tous les points – il y a des éclaircissements, une sorte de lucidité. Après tout est flou sur ce qui s’est passé après la prise de la poudre et de l’ayahuasca (3 fois en tout). J’ai vomi plusieurs fois. La prise de l’ayahuasca m’a rappelé le film avec Tommy Lee Jones où il y a deux blanches qui sont enlevées par des indiens, y a plein de scènes avec des souffles sur le visage, comme des trucs de sorciers. Quand j’ai pris la poudre pour la deuxième fois j’étais bien stone, bien confus, et c’était pas naturel de respirer que par la bouche et j’ai senti que ça allait venir, j’ai pris mon seau et j’ai vomis toute la bille car on ne devait pas manger ni boire 24h avant … à la fois horrible et en même temps c’était bien car je me suis purgé. Quand tu es face à la souffrance physique il n’y a que l’attitude de l’esprit qui fait que c’est supportable ou insupportable. Parce que mon esprit sait que c’est bon, la souffrance physique est atténuée, ce n’est pas douloureux. La tête est libérée de cette souffrance. J’ai pensé à la force de l’esprit pour pouvoir vivre avec la douleur et j’ai pensé aux gens malades. C’est important d’avoir cette notion où c’est mon esprit qui va contrôler à quel point je vais souffrir de la situation.
Y a eu un moment où je me suis retrouvé complètement paralysé, j’avais quand même une totale acceptation de tout ce qui se passait, je n’avais peur de rien, je le prenais avec curiosité. Je me suis dit « ha c’est peut être maintenant que mon esprit va sortir de mon corps ». J’étais allongé, parfois j’avais mal au dos sauf quand j’étais stone … on était dans une espèce de clairière avec un ciel étoilé, sans nuage. Je pensais à soit faire partie du cercle près du feu soit m’allonger et entendre en fond ce qui se passait. Je ne contrôlais plus mon corps mais je n’ai pas réussi à sortir mon esprit de mon corps comme cet ami qui l’a fait car il avait pris deux jours avant un cocktail de cactus mexicain (peyote). Les gens qui y étaient, allaient le refaire samedi (nous sommes vendredi). Il n’y a pas d’accoutumance et plus tu le fais, plus les effets sont bénéfiques. Avant de proposer la troisième fois il y a une série de vomissements. J’ai vomi deux ou trois fois. Ensuite je me suis dit, je vais pas faire la 3ème fois. Je ne me suis pas vu mourir, il n’y a eu aucun bad trip. Mais il arrive que certains qui ne sont pas encadrés se suicident. Mais là, les chamanes veillaient sur tout le monde.

Finalement la 3ème fois, on s’approche du feu, et je l’ai pris, même si je pensais que j’allais pas le faire. Une fille a dit « attention, dernier appel » et ça m’a remis dans un contexte de bar à New York où ils disaient la même chose avant de fermer. Et là quand même j’étais pas sur de moi donc j’ai à nouveau dit au chamane que c’était la première fois. Je me sentais bien fatigué, dans un état de semi sommeil et je luttais en baillant. En fait t’es vraiment seul avec les gens, les chamanes, ils savent tous chanter, jouer de la guitare, il y a eu beaucoup d’émotions. Beaucoup de musique, de prières. La dernière purification, c’était les larmes mais je n’ai pas tout entendu et comme il n’y avait pas de micro c’était difficile mais quand le mec est venu vers moi il m’a réexpliqué en me disant que ça allait piquer pendant 4 minutes. Tu fermes les yeux et il met des gouttes, j’ouvre ensuite les yeux et là j’ai eu une espèce de douleur comme jamais, j’ai eu des râles qui venaient du bide. Je m’entendais faire, je me tordais mais encore une fois j’acceptais – ça m’a fait penser au film d’Arthur Koestler « Le Zero et l’infini » qui parle de la dictature d’un pays imaginaire de l’Est avec un mec que l’on torture – tu arrives à gérer la torture à partir du moment où tu sais ce qui va se passer. Ça a duré comme ça un moment et y avait un côté mystique. Il y a beaucoup de choses qui se passent dans ton esprit. Ils te disent que c’est un médicament libérateur, ça travaille à l’intérieur, ça ouvre les canaux. Je n’ai pas eu de moment de clairvoyance, j’ai eu juste des moments de pensées sur les blocages affectifs, de manque de communication dans la famille où j’ai pas de hug avec ma famille et il y avait des images qui me revenaient.
Ce qui s’est passé à la fin : les gens sont venus me voir pour savoir comment j’allais. »



Ayahuasca : l’Ayahuasca est un mélange de plantes d’Amazonie capable d’induire des états modifiés de conscience, qui dure en général entre 4 et 8 heures après l’ingestion. Allant de légèrement stimulant à extrêmement visionnaire, l’ayahuasca est principalement utilisé comme médicament et comme moyen de communication chamanique, typiquement dans une séance solennelle sous la direction d’un buveur expérimenté.

L’ingrédient principal de ce thé jungle est une vigne, Banisteriopsis caapi, qui, comme le thé lui-même, est aussi appelé ayahuasca (qui signifie «vigne de l’âme» ou «vigne avec une âme»). L’ingrédient secondaire est chacruna (Psychotria viridis) ou chagropanga (Diplopterys cabrerana), plantes qui contiennent une quantité relativement élevée de la substance DMT psychédélique.

Personne ne sait exactement depuis combien de temps cette boisson est utilisée. Le premier contact avec l’ayahuasca a été fait en 1851 par Richard Spruce, le célèbre ethno-botaniste en Angleterre. En tenant compte des preuves archéologiques de l’utilisation de plantes indigènes comparables, il semble probable que son utilisation remonte à il y a au moins deux millénaires.


Témoignage de Sting sur l’Ayahuasca