Film : Spotlight

© IMDb

© IMDb

Spotlight est nommé quatre fois aux Oscars –

Spotlight veut dire, littéralement : « mettre en lumière ». Et c’est ce que quatre journalistes-investigateurs du Boston Globe se sont efforcés de faire au sujet d’une histoire vraiment très sombre, mais pourtant réelle, le scandale de l’Église Catholique mêlée à de nombreux crimes de pédophilie à Boston dans les années 60, 70, 80, 90 et 2000.

Outre le jeu très juste des nombreux acteurs de choix, la mise en scène, le travail de recherche, tout est extrêmement bien mené, expliqué et réalisé, par Tom McCarthy. Lorsque l’on voit le travail minutieux et gigantesque qui a été accompli, on se dit que le métier de journaliste — du vrai journaliste, celui qui relate de faits réels, basés sur des témoignages et preuves solides – est un métier de passion.

Journalism that defies power to defend principle – Spotlight

© IMDb

© Youtube

J’étais familiarisée avec cette affaire, et de voir qu’un film avait été fait sur le sujet m’a interpelée. Parce que j’ai été baptisée catholique, que ces « dérapages des prêtres » sont choses courantes de nos jours (couverts par l’Église même), on devient dégoûté de la religion catholique, de ma religion, celle que mes parents ont choisie pour moi quand j’étais petite, de la confiance que tous les parents y mettent – de ses valeurs soi-disant bonnes et justes (donneuse de leçons), du fléau que représentent ces prêtres qui ne doutent de rien … bah…je pourrais en écrire des tonnes à ce sujet. Et que dire des hautes instances qui couvrent absolument tout pour ne pas avoir à se justifier devant la justice, devant les victimes et leurs familles ? C’est juste répugnant. Et ça remonte jusqu’au Vatican. Tout le monde le sait mais personne n’en parle ou n’agit – on ferme les yeux. La corruption existe partout, à tous les niveaux, dans tous les domaines … Comment l’Église a-t-elle pu autoriser de tels actes à Boston, ville puritaine et bien catholique ?

They say it’s just physical abuse but it’s more than that, this was spiritual abuse. You know why I went along with everything? Because priests, are supposed to be the good guys. – Peter Canellos

© IMDb

© IMDb

Sous la direction de leurs grand chef (Liev Schreiber) et chef (John Slattery), les quatre journalistes (Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo et  Brian D’Arcy James), aidés de l’avocat des parties civiles (Stanley Tucci) devaient se plonger dans cette affaire pour en dévoiler tout ce qui ne l’avait pas été auparavant — ils se sont collés à une réalité dégoûtante : non seulement il y avait plus de prêtres pédophiles qu’ils ne supposaient mais au-delà de ces abus physiques et psychologiques, le système au-dessus était corrompu. Il leur fallait donc creuser davantage pour atteindre le top du top de la pyramide afin de marquer les esprits mais pas seulement. Faire en sorte que tous ces crimes de pédophilie cessent. Chose faite ou pas ? Il n’en est pas moins sûr. C’est un peu comme se battre contre des moulins à vent. On casse la branche d’un côté mais qu’en est-il de la situation de l’autre côté. Car qui dit religion catholique dit religion catholique au niveau mondial.

They knew and they let it happen! It could’ve been you, it could’ve been me, it could’ve been any of us. – Mike Rezendes

© Youtube

© Youtube

Lorsque la religion catholique impose le célibat aux prêtres, ils ne peuvent avoir de relations sexuelles et doivent se consacrer totalement à Dieu…on marche sur la tête. C’est juste impossible à réaliser. C’est contre nature : les enfants sont alors des proies faciles pour les plus démoniaques qui veulent exprimer leurs frustrations. Pourquoi les autres religions autorisent le mariage de leurs « prêtres » ? c’est beaucoup plus sain. Prenez, par exemple, les orthodoxes. Les « popes » (équivalents des prêtres catholiques) ont le droit de se marier et fonder une famille. Je ne connais pas les statistiques mais je suis quasi certaine qu’il n’y a pas de problème de pédophilie chez eux. Cela n’explique pas tout, naturellement. La pédophilie est une maladie/perversion sexuelle, certes, et il semblerait qu’elle atteigne énormément les curés catholiques.

Look, I’m not crazy, I’m not paranoid. I’m experienced. Check the docket. You’ll see. They control everything.- Mitchell Garabedian

Les investigations auront duré de nombreux mois – l’article fit un gros « boom » à Boston et d’ailleurs devait initialement sortir en septembre 2001 mais les événements à NYC du 11 septembre ont pris le dessus et l’affaire fut mise de côté pendant de longs mois. Ce n’était que « reculer pour mieux sauter » car ce temps aura permis aux journalistes de collecter encore plus de preuves matérielles pour exposer au mieux leur sujet.
Le premier article sortit le 6 janvier 2002, soit, le jour de l’Épiphanie – un peu ironique ou bien justement le signe du début de grands bouleversements. Près de 600 articles furent ensuite écrits et publiés sur le sujet dans le Boston Globe.

When you’re a poor kid from a poor family and when a priest pays attention to you, it is a big deal. How do you say no to God? – Phil Saviano

© Youtube

© Youtube

Pour accéder au document de plus de 30 pages qui retrace 3 grandes enquêtes menées par Spotlight dont « Geoghan preferred preying on poorer children » (pages 15 à 19), cliquez ici

Voici ici un bel article de Télérama qui a rencontré deux des journalistes de Spotlight, Walter Robinson et Michael Rezendes –> extrait :

Le pape François est-il sensible à ces questions d’après vous ?

MR : On ne le sait pas vraiment. Quand il est venu aux États-Unis, en septembre dernier, il a salué le courage des évêques face à ces événements qui ont durement ébranlé l’Église. Alors que nous avons prouvé que ce sont principalement les évêques qui ont couvert ces milliers de crimes ! Le pape n’a peut-être pas encore compris la gravité de la situation. Depuis notre enquête, le Vatican a défroqué 150 prêtres. 2 500 autres ont été sanctionnés. On va voir comment ça évolue.

Publicités